À Harare, capitale du Zimbabwe, l’agriculture urbaine prend racine dans les quartiers densément peuplés. Les habitants cultivent des légumes et des fruits sur des parcelles de terrain inoccupées, transformant des espaces urbains en jardins verdoyants. Cette pratique, née de la nécessité économique et de l’insécurité alimentaire, devient un moyen essentiel de subsistance et de résilience.
Dans les rues animées de Harare, des potagers s’improvisent au pied des immeubles, entre deux routes, sur les terrains laissés vacants. Ici, le besoin de résister aux crises économiques a forgé une culture du système D, où chaque parcelle disponible devient un espace de culture. Les habitants, souvent confrontés à des pénuries alimentaires, ont su réinventer la ville pour y faire germer des solutions concrètes. L’agriculture urbaine s’y développe à travers des pratiques inventives : compostage, systèmes de goutte-à-goutte, partage des récoltes. Mais au-delà de la production de légumes, c’est un tissu social qui se renforce, des liens qui se tissent entre voisins, et une nouvelle forme de solidarité qui s’impose dans le paysage urbain.
Contexte historique et socio-économique de l’agriculture urbaine au Zimbabwe
Si l’on cherche les racines de cette dynamique, il faut remonter aux périodes de crise qui ont secoué le Zimbabwe. Hyperinflation, pénuries alimentaires : les habitants des villes ont dû improviser, trouver des réponses immédiates à la précarité. L’agriculture urbaine s’est alors imposée comme une stratégie de survie, mais aussi d’émancipation pour les plus fragiles. Produire sa propre nourriture, c’est réduire l’insécurité alimentaire et s’affranchir, un peu, des aléas du marché. Dans les quartiers les plus exposés, cultiver revient à défendre sa place et sa dignité.
Le rôle de la RUAF
Certains acteurs locaux n’ont pas hésité à structurer ce mouvement. L’organisation RUAF (Resource Centres on Urban Agriculture and Food Security) s’est engagée sur le terrain, notamment via l’approche MPAP (Multi-stakeholder Policy Formulation and Action Planning). Cette méthode encourage les producteurs urbains à prendre la parole, à s’impliquer dans la gouvernance des projets. L’idée ? Faire émerger des solutions collectives, où chaque acteur, riverain, association, décideur, joue sa partition.
Les objectifs de l’agriculture urbaine
L’agriculture urbaine ne se limite pas à remplir les assiettes. Elle vise à transformer le tissu social et urbain. Voici les principaux objectifs poursuivis par ces initiatives :
- Améliorer la sécurité alimentaire à l’échelle locale
- Permettre aux familles d’accéder à des denrées abordables
- Favoriser l’émergence de pratiques agricoles respectueuses de l’environnement
À Harare, les jardins collectifs fleurissent entre les immeubles. On y échange conseils, semences, et parfois bien plus. Ces espaces incarnent une forme de résistance urbaine, un bouclier face à la précarité, mais aussi un laboratoire de solutions pour demain.
Techniques et pratiques agricoles en milieu urbain
À Harare et dans d’autres villes du Zimbabwe, la créativité guide les pratiques agricoles urbaines. Loin des grandes exploitations, ce sont souvent de petits jardins, installés là où la ville laisse un peu de répit. Sur des friches, des terrains abandonnés, ou même sur des toits, chaque espace est exploité au mieux. Ces micro-exploitations permettent de compléter l’alimentation familiale, parfois d’en dégager un petit revenu sur les marchés de quartier.
Utilisation des eaux usées
Face à la rareté de l’eau potable, les jardiniers urbains n’hésitent pas à recycler les eaux usées, après traitement, pour irriguer leurs cultures. Ce choix pragmatique réduit la pression sur les réseaux d’eau et apporte, en prime, des éléments nutritifs utiles aux plantations. Ce système, bien rodé, s’est imposé comme une alternative durable pour de nombreux maraîchers urbains.
Techniques de culture verticale
Dans des villes où chaque mètre carré compte, la culture verticale connaît un succès grandissant. On installe des murs végétalisés, des cages à étages, des supports pour faire grimper tomates, haricots et autres légumes. C’est une façon astucieuse de produire plus, sur moins d’espace, sans bousculer l’organisation du quartier.
Compostage et recyclage
Le compostage est devenu un geste quotidien pour nombre d’agriculteurs urbains. Les déchets de cuisine et de jardin, plutôt que de finir à la décharge, sont transformés en compost qui vient enrichir les sols. Cette boucle vertueuse réduit les déchets et fertilise naturellement les cultures. On assiste ainsi à l’émergence d’une vraie agriculture circulaire, où rien ne se perd.
Face à ces contraintes urbaines, les citadins du Zimbabwe font preuve d’une adaptabilité remarquable. Chacune de ces pratiques, de la récupération d’eau à la gestion des déchets, révèle une capacité à innover et à s’adapter, tout en préservant les ressources locales.
Impact environnemental et social de l’agriculture urbaine
Les retombées environnementales de l’agriculture urbaine ne se limitent pas à la verdure qui gagne sur le béton. À Harare, l’emploi des eaux usées traitées allège la pression sur les réseaux et les nappes. Le compostage réduit le volume de déchets envoyés à l’enfouissement, limitant ainsi les émissions polluantes. Ces gestes, répétés à l’échelle de la ville, transforment le quotidien tout en amorçant une transition vers des villes plus respirables.
Sur le plan social, cultiver la terre en ville, c’est aussi reprendre la main sur son alimentation. Les familles disposent d’un accès direct à des produits frais, ce qui allège la facture alimentaire et limite la dépendance aux marchés. Les jardins collectifs deviennent des lieux d’apprentissage, de transmission, de partage. On y croise des jeunes, des aînés, tous unis par le geste de semer, d’arroser, de récolter.
RUAF reste un allié de poids pour accompagner ces évolutions. Son approche MPAP, appliquée dans plusieurs villes, favorise l’engagement direct des habitants dans la gestion des projets agricoles. On mise ici sur la gouvernance participative : chaque voix compte, chaque quartier peut peser dans les décisions.
En somme, l’impact de ces démarches se mesure autant dans les assiettes que dans la cohésion des quartiers. Les initiatives locales, soutenues par des organismes comme RUAF, dessinent un avenir urbain plus solidaire, plus vert, moins vulnérable aux crises extérieures.
Défis et perspectives pour l’avenir de l’agriculture urbaine au Zimbabwe
Mais la route reste semée d’embûches. Le développement de l’agriculture urbaine se heurte à de nombreux obstacles : budgets serrés, infrastructures vieillissantes, accès aux terrains limité et parfois disputé, manque de matériel adapté. Pour nombre de citadins, la question de la formation est aussi centrale. Sans accompagnement, difficile d’adopter les techniques modernes ou de faire face aux imprévus climatiques.
Pour mieux cerner les freins qui ralentissent l’essor de ces pratiques, voici les principales difficultés évoquées sur le terrain :
- Insuffisance de financements pour équiper et structurer les projets
- Carences en infrastructures adaptées à la production agricole urbaine
- Accès restreint ou incertain aux terrains disponibles
- Manque de formation aux techniques actuelles et écologiquement viables
L’avenir, pourtant, ne manque pas de promesses. Là où l’approche MPAP a été expérimentée, la gouvernance participative prouve sa capacité à mobiliser les habitants et à enrayer les blocages. Lorsque les riverains participent aux choix stratégiques, l’adhésion grandit, et les projets s’ancrent dans la durée. L’appui d’organisations locales et internationales, allié à la volonté politique de mieux intégrer l’agriculture urbaine dans les plans de développement, pourrait transformer ces défis en leviers de progrès. Penser la ville autrement, c’est aussi donner une place pleine et entière à ceux qui la cultivent chaque jour.
Quand la terre reprend ses droits entre deux immeubles, c’est tout un pays qui se réinvente, mètre carré par mètre carré. Le Zimbabwe n’a pas fini d’écrire le récit de ses villes nourricières, et il reste à voir jusqu’où cette énergie collective saura faire pousser, demain, de nouvelles solutions.


